La boussole est un outil citoyen indépendant qui vise à rendre compte des positionnements et des biais idéologiques des élus locaux, nationaux et européens. À travers la collecte et l’analyse de leurs déclarations publiques et de leurs votes dans les différentes assemblées politiques, la boussole entend mieux informer le citoyen français sur le positionnement réel des élus à qui il confie son pouvoir de représentation.
À l’ère de la post-vérité, où les travaux scientifiques et le droit sont remplacés par des opinions, où le journalisme est invisibilisé au profit de l’éditorialisme, il est essentiel de garder le cap des principes fondamentaux qui ont fondé les sociétés démocratiques. Pour ne pas perdre le nord, il faut continuer de considérer le droit (à l’autodétermination, international, humanitaire) comme notre boussole, car l’état de droit est constitutif de la démocratie.
L’autre valeur fondamentale de la boussole est la redevabilité des élus envers les citoyens qui leur ont confié un mandat de représentation. C’est rendre compte et être imputable des actions et des paroles au cours d’un mandat qui leur a été confié par le peuple. Mentir dans le débat public, soutenir des entorses au droit national ou international, défendre des intérêts qui ne sont pas ceux des citoyens nationaux sont autant d’atteintes à la démocratie représentative et à la souveraineté populaire. Par la collecte et l’analyse des paroles et des votes de nos élus, la boussole entend rendre publiques les ambiguïtés ou les contradictions entre paroles et actes afin que chaque citoyen puisse juger du bon exercice de sa délégation.
Le choix du conflit israélo-palestinien comme critère de redevabilité des élus français nous semble pertinent d’un point de vue idéologique, car il permet de révéler des postures et des contradictions aussi bien à l’échelle nationale qu’internationale. Il est un marqueur du double standard qui peut exister entre les valeurs démocratiques et universelles qu’un élu déclare défendre et les actions ou les votes concrets qu’il effectue.
De ce point de vue, le conflit israélo-palestinien est symptomatique de principes et de valeurs et permet d’éclairer les positionnements de nos élus. Comment en effet soutenir les droits humains et l’autodétermination des peuples en général, mais pas les droits des Palestiniens en particulier ? Il est également symptomatique, car il s’agit d’un conflit colonial, et le nier ou situer le début du conflit au 7 octobre 2023 est en filigrane un révélateur idéologique du rapport de l’élu au droit et à son application universelle. Participer, par ailleurs, en tant qu’élu à l’importation de ce conflit en France, en relayant la thèse du choc des civilisations, en instrumentalisant l’antisémitisme ou en criminalisant le soutien légitime aux droits des Palestiniens sont des positionnements problématiques dont il faut rendre compte.
Parce que la France est un soutien actif d’Israël et normalise un système illégal d’occupation par ses choix politiques, économiques, militaires et diplomatiques, parce qu’elle comprend les plus importantes communautés juive et musulmane d’Europe, parce qu’elle est une ancienne puissance coloniale, la thématique est clivante. Ce conflit est de ce fait la boussole morale du monde. C’est l’histoire de 75 ans d’injustices et de dépossession et peut-être du conflit le plus injuste, le plus brutal et le plus déséquilibré sur une aussi longue période. C’est aussi un conflit colonial avec l’assentiment des États (mais pas des peuples) qui accorde une impunité totale à Israël en totale contradiction avec le droit international. Pour toutes ces raisons, nous pensons que cette thématique est un bon critère de redevabilité des élus.
La boussole entend informer le citoyen, la société civile et les médias sur le positionnement des élus en France. Archiver, quantifier, sourcer les paroles de ceux qui participent à l’affaiblissement de l’état de droit et à son caractère universel. Constituer des preuves dans la constitution d’éventuels dossiers juridiques au moment où la reconnaissance d’un génocide à Gaza sera officiellement établie.