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12/28/2025

Relation France-Israël : désaccord de façade et soutien inconditionnel en coulisse

Le 22 septembre 2025, la France a officiellement reconnu l’État de Palestine en marge de la 80e Assemblée générale des Nations Unies. Par la voix d’Emmanuel Macron, la France s’est donc engagée dans un processus visant à développer des relations diplomatiques avec la Palestine et à relancer un processus de paix au Proche-Orient par la signature d'une déclaration officielle des États signataires.

Pour autant, Cette signature, comme les régulières condamnations, indignations et autres inquiétudes officielles de la Présidence ou du ministère des Affaires étrangères français suite aux agissements du gouvernement et de l’armée israélienne à Gaza et en Cisjordanie (colonisation, crimes de guerre, famine organisée, non respect du droit international ou du droit humanitaire), n’est qu’une posture de façade, car en coulisse le soutien français reste inconditionnel pour reprendre les mots de Yaël Braun-Pivet, la présidente de l’Assemblée nationale française.

Le soutien politique, économique et militaire reste en effet entier et les relations bilatérales franco-israéliennes n’ont a aucun moment été menacées malgré les nombreuses demandes populaires et politiques pour les remettre en question. Les livraisons d’armes se poursuivent malgré les obligations normalement contraignantes du Traité sur le commerce des armes (4 livraisons officiellement révélées par Disclose malgré les démentis du gouvernement français), la remise en question des accords d’association avec Israël n’est pas même discutée, le Président et le gouvernement français refusent de se conformer à la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide et, last but not least, la France continue de ne pas tenir compte du mandat d’arrêt international émis le 21 novembre 2024 par la Cour pénale internationale à l’encontre de Benjamin Netanyahou en l’autorisant à survoler l’espace aérien de notre pays.

Pour preuve, après l’avoir autorisé à traverser notre espace aérien le 9 février, le 6 avril puis le 9 avril 2025, le président français l’a de nouveau autorisé le 28 décembre 2025 alors qu’il se rendait visite au président Trump aux États-Unis. Il s’agit d’un nouvel affront au droit international et à la Justice et d’une nouvelle complicité française à un criminel de guerre.

Le jeu diplomatique peut demander d’agir à la fois officiellement sur scène et en coulisse de manière différenciée, mais à condition de respecter nos valeurs et de défendre nos intérêts nationaux. Ici, ce ne sont pas nos intérêts qui sont défendus et ce sont bien nos valeurs qu’on piétine, jusqu’à quand...

Action La Boussole : Ajout sur la fiche personnalité d’Emmanuel Macron des différentes autorisations de survol de l’espace aérien français, soit autant de complicités à un criminel de guerre et d’infractions au droit international.

Actualité #1
11/11/2025

Interdiction d’un colloque sur la Palestine au Collège de France : la liberté académique en question ?

L’administrateur du Collège de France a annoncé l’annulation du colloque intitulé « La Palestine et l’Europe : poids du passé et dynamiques contemporaines », prévu les 13 et 14 novembre 2025. Co-organisé par l’historien Henry Laurens, titulaire de la chaire Histoire du monde arabe du Collège de France et le Centre arabe de recherches et d’études politiques (Carep), il aurait été annulé afin d’assurer « la sécurité des biens et des personnes » et la « sérénité des débats ». Cette décision controversée interroge sur l’exercice de la liberté académique dans cette institution et sur la libre diffusion de travaux scientifiques d’envergure auprès du grand public.

Cela interroge d’autant plus qu’une ingérence politique officielle et assumée a clairement eu lieu dans cette décision puisque le ministre de l’Enseignement supérieur, Philippe Baptiste, s’est autorisé à appuyer cette décision par une déclaration publique en portant un jugement sur le programme de l’évènement et en approuvant l’annulation au motif que le colloque n’assurerait pas « un débat libre, respectueux et pluriel ».

Rappelons que le débat académique n’a pas lieu d’être neutre. S’il se doit d’être pluraliste et de faire appel à la réflexivité des chercheurs pour déconstruire de possibles biais, il n’implique pas que chaque colloque reflète la totalité de la diversité des approches et des points de vue. La présence d’acteurs, est par ailleurs une pratique courante dans le cadre de colloques et de débats, et la présence de Dominique de Villepin, ancien Premier ministre, et de Francesca Albanese, rapporteure spéciale de l’ONU pour les Territoires palestiniens, n’était donc pas de nature à entacher le caractère scientifique du colloque.

Les motifs invoqués et la pression politique non dissimulée d'un ministre d’État laissent présumer que le débat scientifique, même dans l’enceinte du Collège de France, devient vulnérable à des pressions extérieures par l’instrumentalisation de l’argument de la sécurité. Cela crée un dangereux précédent susceptible d’invisibiliser de nombreux sujets dits sensibles en sciences humaines et sociales. La liberté académique ne peut être tronquée, réduite et conditionnée à des points de vue politiques ou des soutiens autorisés. Il n'est pas tolérable de transformer une prétendue « neutralité » institutionnelle en instrument de contrôle idéologique, restreignant la liberté intellectuelle, dissuadant toute production critique du savoir et participant à l’invisibilisation des soutiens ou de la solidarité aux Palestiniens. Cette grave entrave aux libertés académiques ne doit pas être ignorée à l’heure de la post-vérité.

Sur le lien entre remise en question des libertés académiques et positionnement politique sur le conflit israélo-palestinien, voir l'excellent thread de Yaani sur X :
https://x.com/YaaniBlog/status/1908840501005914383

Action La Boussole : Ajout de la fiche de Philippe Baptiste sur le site et de sa citation sur X assumant son intervention politique (« C’était bien là l’objet de mes échanges récents avec l’administrateur du Collège ») et sa remise en question des libertés académiques.

Actualité #2
7/28/2025

L’Exécutif français mis en accusation de complicité de génocide à Gaza par une association d'avocats

114 avocats français de l’association « Avocats pour la justice au Proche Orient - AJPO » viennent de déposer une requête adressée au procureur de la Cour pénale internationale (CPI) afin qu’il débute une enquête sur le rôle de 23 hommes politiques français dans « la commission des crimes de guerre, crimes contre l’humanité et de génocide par les forces armées israéliennes dans la bande de Gaza et la Cisjordanie occupées ». Le président Emmanuel Macron, le Premier ministre François Bayrou, le ministre des Affaires Étrangères Jean-Noël Barrot, le ministre des Armées Sébastien Lecornu, et les 19 députés de la Commission des affaires européennes de l’Assemblée nationale sont ainsi mis en accusation et auraient joué selon eux un rôle dans le génocide en cours en Palestine.

Un document de 56 pages, démontre au travers de faits documentés qu’il existe des motifs raisonnables de penser que l’Exécutif français pourrait être considéré, comme complice, au sens de l’article 25(3) du Statut de Rome des crimes relevant de la compétence de la CPI, commis par l’armée israélienne contre la population civile palestinienne dans la bande de Gaza et en Cisjordanie.

Ce document se fonde sur les déclarations, les actions et les omissions des personnes mises en accusation, et qui sont susceptibles de constituer des preuves : – d’un soutien diplomatique et moral aux crimes israéliens ; – d’un soutien matériel à ces crimes (armement et impunité des soldats franco-israéliens actifs) ; – d’un soutien économique à l’activité criminelle (y compris la colonisation) de l’État d’Israël dans les territoires palestiniens occupés. Les faits sont d’autant plus graves que l’Exécutif français ne pouvait pas ignorer la réalité de ces crimes, a l’obligation de ne pas faciliter la commission de tels crimes et a les moyens de prévenir la commission de tels crimes.

Messieurs Macron, Bayrou, Barrot et Lecornu, ainsi que des députés français, ont, toujours selon ce document, failli à leurs obligations, en usant de leurs prérogatives et leurs fonctions pour manifester leur soutien, sous diverses formes, à leurs homologues israéliens alors qu’ils avaient connaissance, d’une part que ces derniers avaient l’intention de commettre ces crimes, d’autre part que ces crimes étaient effectivement commis. Si l’exécutif français n’avait pas assuré à l’État d’Israël qu’il pouvait continuer ses actions dans une totale impunité, sans craindre la moindre sanction, et au contraire en bénéficiant du soutien explicite et/ou par omission de la France, les crimes commis et largement documentés à ce jour n’auraient sans doute pas été perpétrés avec une telle gravité et sur une aussi longue période.

La demande d’enquête auprès du Bureau du Procureur est limitée, à ce stade, aux personnes précités. Cela ne préjuge cependant pas d’une saisine ultérieure concernant d’autres ministres, élus du Parlement, voire des élus locaux ayant justifié, encouragé ou prêté assistance à la commission des crimes dans le Territoire Palestinien Occupé par l’armée israélienne.

Pour télécharger et lire le rapport :
https://static.blast-info.fr/attachments/stories/2025/sv9HGeEFStysHwXTqOZs9Q/attachment-7riVVmJHQuaFUNv4kuDVgA.pdf

Action La Boussole : Ajout des fiches personnalités des 23 mis en accusation et de leurs citations respectives relevées dans le cadre de la réalisation de ce document.

Actualité #3